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Entretien avec Stéphane PINTRE, Directeur Général des Services de la ville d’Antibes et de la Communauté d’Agglomération Sophia-Antipolis et Président du Syndicat National des Directeurs Généraux des Collectivités Territoriales. Le SNDGCT créé en 1948, est une organisation professionnelle qui regroupe les dirigeants territoriaux des collectivités territoriales, des EPCI, des établissements publics (DGS, DGA, cadres de direction actifs ou retraités). Le syndicat compte aujourd’hui 4000 adhérents, dont plus de 3000 en activité. 

LIGHT Consultants : M. Pintre, merci de nous consacrer un moment pour partager votre analyse sur la mission d’un Directeur Général avec nos lecteurs. Pour commencer, en tant que Président du SNDGCT et dans le cadre de votre propre activité de Directeur Général des Services, pouvez-vous nous décrire les différentes évolutions du rôle de DGS depuis ces dernières années ?

Stéphane PINTRE : En effet, la mission des Directeurs Généraux a nécessairement évolué au fil du temps.
A la lumière des compétences nouvellement acquises par les collectivités territoriales, depuis quelques dizaines d’années, le rôle de Directeur Général qui était essentiellement juridique et donc administratif est devenu beaucoup plus polyvalent et complexe.
La fonction a conservé une colonne vertébrale identique mais ses ramifications sont hétérogènes d’où une diversification à la fois des profils, des missions du rôle du DG et globalement des directions générales.
L’évolution tient compte des changements législatifs et réglementaires mais également de l’évolution sociologique de notre pays. Les citoyens ont une attente accrue vis à vis du service public et cela engendre des répercussions sur les élus et leurs équipes.
Nous constatons une plus grande exigence de proximité qui touche directement les agents publics dont on attend une réponse plus rapide et précise.
Le rapport au temps a également évolué, le temps administratif reste incompressible mais l’attente générale s’accentue vis à vis de tout et de tous, le rythme ne cesse de s’accélérer.
Un décalage persiste entre le temps administratif, et ses procédures toujours plus rigoureuses, et le temps politique qui exige plus de rapidité de résultats. Ce changement se répercute donc inévitablement sur les directions générales des services. Toutes ces modifications nous amènent à constater un changement de paradigme dans le rapport à la hiérarchie. Les codes de cette hiérarchie administrative sont bouleversés et la mission de manager pour les Directeurs Généraux doit se réinventer.
Les cadres et les agents ont acquis de nouvelles compétences notamment liées à la transformation digitale et les Directeurs Généraux ont l’obligation d’en tenir compte dans leur approche managériale.
Enfin, la crise du Covid que nous vivons met en exergue le changement de ces pratiques et le besoin de confiance dans le collectif devient essentiel pour que les équipes publiques fonctionnent pour le mieux.

LIGHT Consultants : Dans ce contexte de changements importants avez-vous des conseils à apporter aux Directeurs Généraux ayant récemment pris leurs fonctions au sein d’une municipalité ?


Stéphane PINTRE : Je dirais qu’un Directeur Général se doit de bien connaître son environnement, son histoire politique, administrative et humaine, mais aussi la géographie ou encore son économie.
Une première exigence est de bien distinguer une ville de sa mairie. La ville est constituée d’un territoire avec ses habitants alors que la mairie est un établissement propre avec sa structure administrative et ses employés.
Un Directeur Général des Services se doit de bien appréhender les objectifs politiques de la collectivité, du maire et de son équipe municipale, car sa mission est de traduire ses objectifs en projets d’administration ou actions administratives. Il met en œuvre un projet d’administration eu égard au projet politique de la municipalité qui l’a recruté.
En tant que manager, le Directeur Général doit savoir écouter, être proche et accessible pour ses collaborateurs. Il doit garder une attitude bienveillante.
Le premier rôle du Directeur Général en tant que “chef” est de tirer ses collaborateurs vers le haut, tout en leur faisant comprendre ce qu’ils font et pourquoi ils le font. 

LIGHT Consultants : M. Pintre quel profil de Directeurs Généraux les élus vont-ils chercher en ce début de mandat ?


Stéphane PINTRE : Selon moi et quelle que soit la structure commune et/ou intercommunalité, les élus cherchent en priorité des Directeurs Généraux possédants le combo compétences / confiance.
La compétence s’analyse et se “mesure” d’après une expérience, un parcours universitaire et / ou professionnel mais l’aspect de confiance se ressent au travers de la personnalité d’un candidat et c’est tout aussi important.
La confiance ne se décrète pas mais elle est essentielle pour l’association Élu / DG. Le coup de foudre entre un Directeur Général et maire n’est pas toujours automatique.  Les élus cherchent auprès de leur Directeur Général une loyauté qui représente une vertu essentielle de leur profession à l’égard de leur employeur et de leur commune.
J’ajouterais que dans ce contexte les cabinets de recrutement ont un rôle éminent à jouer et une mission difficile. C’est un vrai métier qui mérite d’être considéré comme essentiel à la constitution de bonnes associations : Élus / DG. Le fait d’être suivi par un cabinet de recrutement est une plus-value pour le recruteur ainsi que pour le recruté. 

LIGHT Consultants : Pour les DG qui sont actuellement en mobilité, quelle est votre vision globale du marché du recrutement dans le secteur public ?


Stéphane PINTRE : Depuis les dernières élections municipales nous constatons que le renouvellement des postes est clairement en action. Les mobilités semblent se déclencher plus rapidement qu’en 2014. Au sein du Syndicat nous sommes d’ores et déjà davantage sollicités sur les aspects de mobilité. Les Directeurs Généraux en recherche de mobilité ou déjà mobiles doivent être réactifs et agiles. 

Merci M. PINTRE, nous vous souhaitons une excellente continuation.